Conférence Internationale sur les enjeux et les défis liés à la protection du patrimoine culturel en zones de conflit

 

«Toucher à la culture, c’est toucher à l’âme du monde…» le ministre de la Culture, Ndiaye Ramatoulaye Diallo, dixit

Quatre ans après le lancement des travaux du programme de réhabilitation du patrimoine culturel et de sauvegarde des manuscrits anciens du Mali, le bureau de l’UNESCO à Bamako, en partenariat avec le ministère malien de la Culture et l’appui logistique de la MINUSMA,  a organisé les 14 et 15 mars dernier, au centre de conférence Maeva Palace de Bamako, la Conférence internationale sur les enjeux et défis liés à la protection du patrimoine culturel en zones de conflit. La cérémonie était présidée par le ministre de la Culture, Ndiaye Ramatoulaye Diallo.

Cette importante rencontre avait pour objectif de restituer, de manière exhaustive, les résultats du programme de réhabilitation du patrimoine culturel et de sauvegarde des manuscrits anciens du Mali aux fins d’évaluer leurs impacts et dégager les perspectives dans le but d’éclairer les stratégies publiques et d’inspirer les actions de la gestion durable et efficiente des biens culturels.

Plusieurs acteurs ont pris part à la rencontre notamment : universitaires, responsables d’institutions culturelles, représentants des autorités religieuses et des communautés locales, décideurs politiques, historiens ou chercheurs. Cet évènement a été aussi l’occasion d’inaugurer l’exposition photos sur les activités réalisées dans le cadre du programme de reconstruction/réhabilitation du patrimoine culturel et de la sauvegarde des manuscrits anciens du Mali au Musée National.

A cet effet, en 2012, suite à l’invasion des régions septentrionales par des groupes terroristes, le patrimoine culturel, dans ses composantes matérielles et immatérielles, a été mis en danger. Les quatre sites inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, notamment la ville de Tombouctou, ont été particulièrement endommagés. Quatorze des seize mausolées et le monument de l’Indépendance à l’effigie d’El Farouk ont été détruits ; la porte de la mosquée Sidi Yahia, considérée comme sacrée par les habitants, a été arrachée et endommagée et, environ 4 203 manuscrits anciens ont été brûlés.

Face à ces graves atteintes, le Gouvernement du Mali, à travers le ministère de la Culture et l’UNESCO, a initié des actions d’envergure afin de mobiliser la communauté internationale. Le 18 février 2013, une réunion internationale d’experts était organisée au siège de l’UNESCO à Paris. Elle a abouti à l’adoption d’un «Plan d'action pour la réhabilitation du patrimoine culturel et la sauvegarde des manuscrits anciens du Mali».

La conférence a permis de faire l’état des lieux de ce plan d’action et les principales activités menées. Aussi, les bonnes pratiques relatives au rôle de la culture dans la construction de la paix et de la cohésion sociale ont-elles été partagées ainsi que des propositions de pistes pour une meilleure dissémination des résultats du programme. Elle a visé également à envisager les perspectives pour la deuxième phase du programme avec un accent particulier sur la recherche scientifique et la valorisation des manuscrits anciens. Plus que la reconstruction des édifices, ce programme a permis de contribuer à renforcer la cohésion sociale et la paix tout en permettant aux populations de recouvrer leur identité et leur dignité.

Malgré des conditions de sécurité restées précaires, la première phase d’exécution du programme de réhabilitation du patrimoine culturel et de sauvegarde des manuscrits anciens du Mali a tout d’abord permis de rassembler les acteurs pour mener les indispensables études et recherches, des bases sur lesquelles il a été possible de planifier puis finaliser la reconstruction des mausolées. Il a aussi permis d’engager des actions pour la sauvegarde des manuscrits anciens, la réhabilitation des mosquées, des musées, de l’habitat et la revitalisation du tissu socio-économique lié au patrimoine culturel. Enfin, de gros efforts ont aussi été faits en matière de renforcement des capacités aux niveaux local et national.

Ainsi, la première phase du projet a vu 14 mausolées reconstruits, des bibliothèques privées réhabilités, des structures de l’Etat en charge de la culture équipées et, enfin, le tissu socioéconomique à nouveau dynamique.

Selon, Lazare E Assomo, Représentant du Sous-Directeur général de l’UNESCO pour la culture, « aujourd’hui, nous célébrons la réussite de cette formidable mobilisation internationale, nous célébrons la reconstruction de l’espoir. Cette réussite doit beaucoup à la mobilisation des communautés locales qui ont conduit l’ensemble des opérations de sauvegarde d’urgence et de reconstruction. Elles ont su préserver au fil des générations un savoir-faire ancestral unique vieux de près de neuf siècles qui a permis la reconstruction des 14 mausolées du patrimoine mondial, la réhabilitation des mosquées et bibliothèques de manuscrits anciens ».

 

Ce programme a été réalisé grâce au soutien financier de la Norvège, de la Suisse, de l’Union Européenne, du Royaume-Uni et de l’AIMF. Il a également bénéficié de l’appui technique de la MINUSMA, Craterre, de la France, ICCROM, ICOMOS, de l’Ordre des architectes du Mali, SAVAMA-DCI, IHEERI-ABT, AUDEX, CID.

La mobilisation de l’UNESCO et de tous ses partenaires a permis le financement de 3 millions de dollars de l’Union Européenne et de la Suisse.

Pour l’UNESCO, les résultats atteints aujourd’hui sont certes très appréciables mais il reste encore beaucoup à faire. Les clôtures abritant les mausolées de saints n’ont pu être reconstruites et sécurisées. Les mosquées ont besoin de travaux supplémentaires pour consolider leurs toitures, favoriser le drainage de l’eau et freiner l’ensablement. La place de l’indépendance autour de l’emblématique Monument Al Farouk nécessite des travaux de réaménagement complémentaires. Quant aux manuscrits anciens, les boites de conservation physiques élaborées demeurent insuffisantes et les besoins de numérisation et de valorisation restent élevés.

C’est dans ce contexte qu’a été préparé le plan d’action pour la deuxième phase du programme de réhabilitation du patrimoine culturel et de sauvegarde des manuscrits anciens.

Pour Alain Holleville, Ambassadeur de l’Union Européenne au Mali, « pour l’Union européenne, participer à la sauvegarde et à la restauration du patrimoine culturel malien, c’est panser une partie des plaies laissées béantes par le conflit. C’est aussi œuvrer à restaurer et consolider certains des éléments fondamentaux de la démocratie et de nos valeurs protégées. Car, protéger le patrimoine culturel, c’est favoriser la tolérance, le dialogue entre les communautés et entre les cultures ainsi que la remise en question des idées préconçues. »

Pour la phase II du projet, l’Union européenne a annoncé qu’elle va poursuivre et amplifier sa collaboration avec l’UNESCO en accordant en sus de ses contributions antérieures (s’élevant à 450 millions de FCFA), un financement supplémentaire de 330 millions de FCFA à l’UNESCO pour poursuivre les travaux de réparation de la mosquée Sidi Yahia ; réhabiliter les mosquées de Sankoré et de Djingarey-Ber ; réhabiliter trois musées : le musée principal de Tombouctou, le musée Al Mansour Korey et le musée du Sahel de Gao ; fabriquer 10.000 boites de conservation de manuscrits qui permettront de protéger 80.000 manuscrits supplémentaires. De plus, cette contribution financera aussi les efforts de sensibilisation des communautés afin que la protection de ce patrimoine culturel irremplaçable soit avant tout faire des descendants de ceux qui l’ont bâti, rédigé ou rassemblé et ceux qui entendent vivre sur place.

Pour le ministre de la Culture, « Toucher à la culture, c’est toucher à l’âme du monde. En le comprenant, nous avons fait le pari de permettre aux générations futures du Mali et d’ailleurs de toujours faire le voyage vers soi que seule la culture permet ».

Bréhima Traoré

L'Espérance

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