Guinée : Alpha Condé au président français « l’Afrique est majeure ! »

Le président Alpha Condé de la Guinée veut l’indépendance de l’Afrique et pas dans 72 ans. Après son discours historique en Côte d’Ivoire, à la cérémonie d’ouverture d’Africa Emergence, il a réaffirmé devant François Hollande sa volonté de tourner la page de la relation infantilisante qu’entretenait jusqu’à maintenant, un demi-siècle après l’indépendance, l’ex-colonisateur et ses anciennes colonies.

Alpha Condé prouve à Ouattara qu’il pense ce qu’il dit !

Alpha Condé avait demandé à ce que les pays africains coupent « le cordon ombilical » avec l’ancien colonisateur la France. Pour lui, pour que l’Afrique puisse réellement émerger, ses dirigeants doivent avoir la liberté de choisir leurs politiques et les appliquer sur le terrain sans se faire dicter leur conduite par la France ou même par l’Union européenne. Le président Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire ne semblait pas convaincu de la sincérité du propos de son homologue de la Guinée. Il avait déclaré lors de son discours qui précédait celui très offensif d’ Alpha Condé « Je voulais dire à Alpha que nous étions en direct », comme pour faire remarquer à ce dernier qu’il venait de commettre une bourde. Cela peut se comprendre lorsqu’on sait que Thomas Sankara a été assassiné pour avoir demandé publiquement aux pays africains de ne pas payer leurs dettes…

Alpha Condé lui avait répondu « Alassane, moi j’assume ce que je dis ». Le président de la Guinée ne pouvait pas mieux le démontrer puisqu’il a prononcé les mêmes propos face à François Hollande, le président français, lors de sa visite dans l’hexagone.

Il a déclaré : « … quand tu es venu (au pouvoir, ndlr), ça n’a pas toujours été facile de comprendre l’Afrique puisque nous avons l’habitude de nous faire dicter ce que nous devons faire. Mais aujourd’hui, nous sommes devenus majeurs et décidés à ce que les problèmes africains soient résolus par les Africains, à commencer par le problème de la Libye.

 

 

Alpha Condé dénoncé la sourde oreille de Sarkozy sur la Libye

 

À Deauville, nous étions invités lorsque le président Sarkozy était au pouvoir. Nous avons dit, surtout moi : « n’intervenez pas en Libye. Votre intervention va avoir deux conséquences, la somalisation de la Libye, c’est à dire pas d’État en Libye. Ce sera trois régions au moins : Misrata, Tobrouk, Tripoli sinon plus. Comme nous savons, la Libye est un arsenal du développement du terrorisme chez nous. » Vous êtes intervenus… C’est facile aujourd’hui qu’ Obama ou Cameron fassent leur autocritique, mais pendant ce temps nos enfants sont en train de mourir sous les armes des terroristes ou dans le désert libyen, ou encore dans les eaux de la Méditerranée.

Donc nous sommes décidés désormais à nous prendre en main. Les derniers sommets de Kigali et Addis-Abeba ont été un tournant. Nous étions financés en grande partie par l’Union européenne. Nous avons décidé désormais d’être autonomes et de nous financer nous-même, d’où la décision de consacrer 0,2% de nos importations au financement de l’Union Africaine. Parce que l’indépendance commence d’abord par l’indépendance financière. Nous avons fait des réformes de l’Union Africaine et nous avons donc décidé de nous prendre en main.

Nous avons constaté que les Casques bleus sont au Congo Kinshasa depuis des années, cela ne change rien. Nous avons décidé que désormais, vous nous apportiez votre contribution pour nous équiper matériellement, mais que ce soit des troupes africaines qui se battent désormais sur le terrain. Nous avons salué votre intervention, mais nous ne souhaitons plus que les soldats français aillent mourir en Afrique. Nous préférons que l’Afrique prenne son destin en main. Que vous nous aidiez à avoir des équipements, mais que ce soit des Africains qui se battent comme nous sommes en train de le faire en Somalie.

 

 

Hollande, un allié de l’Afrique pour l’indépendance réelle ?

Tu as noté, et je pense que c’est ce que nous devenons, que l’Afrique est devenue majeure. On ne veut plus être jugé à travers des ONG, surtout quand on sait que quelqu’un d’entre vous nous a fait des leçons sur le respect de la liberté de la presse et qu’il se trouve maire Front National en France (il parle ainsi de Robert Ménard, maire FN de Béziers, co-fondateur de l’association Reporters sans frontières (RSF). Alors nous ne voulons plus que ce soit des ONG qui dictent ce que nous devons faire.

Nous voulons désormais qu’on nous laisse déterminer le type de développement que nous voulons, comment nous voulons appliquer les règles universelles de démocratie en fonction des réalités concrètes et la prise en compte des spécificités de chaque État, non pas par une vision dogmatique « il faut ci, et ça en Afrique ». Nous ne voulons plus de cela. Nous voulons désormais que vous nous accompagniez, mais entre adultes majeurs et pays indépendants, dans une coopération gagnant-gagnant entre des États souverains. Tu as compris cela, dit-il en parlant de François Hollande.

Et nous disons aux Européens que désormais ce sera l’Afrique. Nous n’accepterons plus qu’on nous dicte ce que nous avons à faire et qu’on intervienne dans nos affaires. Nous voulons désormais qu’on nous respecte, comme nous respectons votre souveraineté, qu’on sache désormais que nous sommes devenus majeurs. Et, tu y as beaucoup contribué. Merci François. »

Source AFRIQUESUR7

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