Crise au sein de notre football

Quand la Femafoot instrumentalise les Aigles pour chanter l’Etat

Depuis quelques jours, les supporteurs de l’équipe nationale du Mali sont écœurés face à l’attitude des joueurs de l’équipe nationale sénior du Mali. A cet effet, les poulains d’Alain Giresse ont refusé d’aller s’héberger à Kabala et de s’entrainer pour mieux préparer le match contre le Gabon, en déclarant qu’ils ne sont pas contents des conditions d’hébergement et de préparation de l’équipe.

Le match entre le Mali et le Gabon du 10 juin commence avec une attitude de désolation de la part de nos professionnels qui sont en train de défier l’Etat et, surtout, se mêler d’une querelle qui existe entre les membres de la FEMAFOOT et le ministère des Sports.
Pour eux, Kabala n’est pas bien équipé pour faire une bonne préparation, il est trop délabré et pour cela ils exigent un lieu de luxe et adapté à la vie professionnelle. Pour cela, ils se sont logés à l’Hôtel Mi Casa. Cet hôtel ne dispose pas de centre d’entrainement et son coût est salé : 26 millions de FCFA.
Au premier jour de l’entrainement Giresse et ses hommes se sont plaints de l’état de la pelouse du Stade Modibo Kéita. Si on prend les mots de Giresse, le Mali peut faire une croix sur la CAN 2019.
« Aujourd’hui, la réalité, ce sont les conditions dans lesquelles nous allons nous entrainer et préparer l’équipe. Pour le moment, c’est ma principale préoccupation. Le match contre le Gabon, je l’ai dans la tête mais il faut le préparer dans de meilleures conditions possibles. Malheureusement, ce n’est pas le cas » déclare Giresse.
Et d’enfoncer le clou : « si la semaine doit se dérouler ainsi, il ne faut pas s’étonner du résultat. Il faut savoir ce qu’on veut. Nous ne sommes pas dans les conditions, mais on nous demande des résultats ».
Le capitaine des Aigles, Yacouba Sylla suit son sélectionneur en déclarant : « l’état du terrain est très dangereux pour nous. La pelouse est impraticable, malgré tout, nous sommes très contents de venir représenter le pays. Nous avons un match important mais il faut qu’on arrive à le préparer dans les meilleures conditions. Le match est déterminant pour la qualification. Le Gabon est un concurrent direct ».
Concernant l’affaire de Kabala, le capitaine des Aigles dégage ses responsabilités : « je n’ai pas été à Kabala. Tout ce que je sais, c’est que l’hébergement n’était pas au niveau avant notre arrivée. Nous voulons juste travailler dans de bonnes conditions. Le Mali est un bon pays, c’est dommage qu’on se tire dessus et que les gens en pâtissent ».  
Dans cette affaire, on voit que malgré la volonté de l’Etat l’attitude de nos professionnels commence à agacer car nos deux champions d’Afrique des cadets ont toujours fait leurs préparations à Kabala. Cela ne les a pas empêché de régner sur le toit de l’Afrique.
Selon le directeur national des Sports et de l’éducation physique, Ibrahim Fomba, « la pelouse du Stade Modibo Kéita n’est pas prévue pour les joueurs. La pelouse de Kabala est deux fois meilleure que celle du stade Modibo Kéita. Contrairement aux propos tenus par certaines personnes, le centre de Kabala n’est pas délabré, il répond à toutes les conditions optimales pour permettre à une équipe nationale de s’entrainer et de préparer un match ». Il va plus loin en déclarant que  « pour les matchs à l’extérieur, l’Etat est prêt à se plier en quatre pour faire héberger l’équipe, même dans des hôtels 5 étoiles. Mais, pour les matchs à domicile, les conditions que l’Etat peut leur offrir, c’est Kabala ».
La Direction Nationale des Sports et de l’Education Physique, fidèle à ses principes de missions de service public en matière de sport, a souhaité l’hébergement des joueurs de l’équipe nationale de football seniors au Centre d’Entrainement pour Sportifs d’Elite de Kabala. Cette décision a été prise après le séjour de l’équipe au Centre WELNESS du Maroc à la charge entière de l’Etat malien.
Construit en 2002 à la faveur de la CAN que notre pays a abrité avec succès grâce au projet d’infrastructures sportives, routières et hôtelières engagé par les autorités maliennes, le Centre d’Entrainement pour Sportifs d’Elite « Ousmane Traoré dit Ousmane Bléni » a fait du Mali une référence en Afrique en termes d’investissement pour le sport d’Elite et de haut niveau. Inspiré de Claire Fontaine en France, ce Centre est situé au bord du fleuve Niger à Kabala (Commune de Kalaban Koro) et il présente, aujourd’hui toutes les commodités d’un hôtel 3 ou 4 étoiles de Bamako.
De 2012 à nos jours, l’Etat malien a investi plus 300 millions de nos francs dans la réhabilitation, des tuyauteries sanitaires, des équipements télé plasma, fauteuils en cuir sans compter l’achat des équipements de dernière génération pour Entrainement.
Malgré d’énormes efforts qui ont été consentis par l’Etat malien à travers le ministère des Sports pour rendre le Centre Ousmane Bléni de Kabala plus commode et apte à accueillir n’importe quelle sélection du monde (une référence en Afrique au sud du Sahara et qui n’a rien à envier des autres centres comme WELNESS du Maroc ou Claire Fontaine en France). D’ailleurs, de tout temps le centre de Kabala a été sollicité par les autres pays pour effectuer leur préparation : Tunisie, Cameroun, Côte d’Ivoire…).
Après cet investissement colossal en moyen financier, le sélectionneur français des Aigles s’est entêté à faire loger les Aigles à l’hôtel MI CASA après l’échec de l’hôtel El Farouk en défiant les services techniques de l’Etat.
Le département des Sports a été informé de l’arrivée de l’équipe le 3 juin 2017 à 2 heures du matin à l’aéroport Modibo Kéita. Sur place, ils ont été accueillis par le Chef de cabinet du département des Sports et le Directeur national adjoint des Sports, accompagnés de deux (02) Bus loués pour le transport des joueurs et leurs bagages. A leur grande surprise, seulement cinq joueurs ont pris place dans le bus pour l’hôtel MI CASA au lieu de Kabala comme convenu avec la fédération de football et l’encadrement technique. C’est là ou l’Etat s’est désengagé de la responsabilité de l’hôtel car son choix était porté sur le centre de Kabala depuis les premiers dossiers déposés au courrier de la Direction. Non seulement l’Etat, en 72 heures, a injecté de l’argent pour les nouveaux équipements, la reprise totale des tuyauteries sanitaires, la buanderie afin de renforcer le confort, mais aussi ses orientations n’ont été respectées par le sélectionneur national.
Ainsi, l’Etat a payé le séjour de l’équipe au Centre WELNESS de Maroc à hauteur des dizaines de millions de francs pour quelques jours seulement (séjour écourté). Ce même sélectionneur avec des mains invisibles derrières, cherche à créer des problèmes en refusant catégoriquement d’aller séjourner à Kabala. Toute chose qui n’arrange pas une situation déjà embarrassante pour le football malien.
Naturellement, nous nous posons des questions à savoir pour qui Alain Giresse travaille-t-il ? Pourquoi s’entête-t-il à aller à l’hôtel au lieu du Centre d’Entrainement pour Sportifs d’Elite de Kabala rénové ? A qui profitent les ristournes de ces hôtels ? Qu’est-ce que l’hôtel a de si particulier pour un regroupement technique ?

En cherchant à répondre à ces questions, vous comprendrez aisément les enjeux de ces refus et derniers agissements qui ne disent pas leurs noms en réalité.
En attendant, la Direction Nationale des Sports et de l’Education Physique continue à jouer sa partition pour l’équipe nationale du Mali par l’envoie des PTA (billets d’avion Aller-retour) aux joueurs et à leur encadrement technique pour le match du 10 juin comptant pour la première journée des éliminatoires de la CAN 2019 prévue au Cameroun.
Le directeur national des sports et de l’éducation physique, Ibrahim Fomba déclare qu’il est surpris de cette affaire, selon ces propos « les membres de la FEMAFOOT avaient accepté d’annuler la réservation de l’hôtel, avant de se raviser, après l’arrivée des joueurs à l’Hôtel. C’est un désaveu pour l’Etat. Le Mali a déboursé environ 50 millions de FCFA, pour que les joueurs soient dans les conditions adéquats à Kabala ». Pour conclure, il a montré la facture à 26 millions de FCFA de l’hôtel Laico que l’Etat a refusé de payer et qu’après cet épisode, ils ont pris des chambres dans un autre à 14 millions de FCFA et affirmé qu’ils prendront les frais d’hôtels sur les recettes du match. Tous les matchs étant déficitaires, je ne vois pas comment ils pourront régler la facture.
La génération Djilla, Kanouté, Sédoublen, Police et autres ont toujours fait de cette localité une fierté nationale, mais aujourd’hui les jeunes veulent ternir l’image cet endroit qui a été construit pour permettre à nos joueurs de bien se préparer.
D’autres pensent que cette affaire n’est que la suite de la crise que traverse notre football. Cette crise n’est que la suite de la mésentente que existe entre le département du Ministère des Sports et celui de Fédération Malienne de Football. D’ailleurs, selon beaucoup de personnes suite à cette décision des joueurs de ne pas aller à Kabala, le ministre des Sports aurait donné des instructions pour fermer le Stade Omnisport Modibo Kéita afin de ne permettre aux Aigles de s’entrainer dans l’enceinte.
Bréhima Traoré

 

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